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vendredi 22 février 2013

La nef de pierre

" Fluctuat nec mergitur… "


C'est un pesant esquif que jamais rien ne noie.
Parfois bien terne et gris, souvent d'un blanc de nacre,
Ou de lumière et d'or quand le levant te sacre.
Frêle, mais survivant à maints écueils sournois.

À l'écume ordinaire, au bleu des éléments,
Son flanc répand l'éclat de l'émeraude, chère
Espérance ! Le pilote assis dans sa chaire
Ressent tous les ressacs, les tensions du gréement…

Capitaine prudent sous de rudes climats,
Il sait d'un vent nouveau orienter le grand mât
Vers l'aube pourpre et mauve aux reflets incendiaires.

Il enseigne surtout, pour qu'au lourd gouvernail
Un autre sagement lui succède. L'émail
Du tillac dure ; et à sa main l'anneau de pierre.

lundi 16 avril 2012

Le naufrage de la Méduse

" Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis ! "

(Victor HUGO, « Oceano nox » in Les Lumières et les ombres )


Dans les vagues, les creux obscurs des dépressions
Au fond des flots australs aux froideurs diamantines
Reflet humide encor' de terreurs enfantines
La frégate sombrait, tragique progression.

Déjà décapitée, faute de direction,
C'est sans espoir que bat, vaincue, sa brigantine
Et que sifflent en vain ses mèches serpentines...
Elle se noie, alourdie de trop de concrétions.

Menacés à la fois de froid, de faim et d'eau
Les marins condamnés tentent, sur un radeau,
De fuir... Seule, sans fin, s'enfonce la Méduse.

Mais qu'un ait survécu ! Qu'un revienne au matin !
Qu'un seul osât défier et gorgone, et destin !
Ces victimes alors seront chantées des muses.

mercredi 23 novembre 2011

L'étoile de détresse

" Pris dans leur vaisseau de verre,
les messages luttent, mais les vagues les ramènent
en pierres d'étoile sur les rochers… "

(Daniel BALAVOINE, "Tous les cris, les S.O.S.")


Vaisseau de verre et d'écume pâle, irisé,
Ses voiles sont tissées de l'étoffe des rêves
Dont sont faites nos vies ; et sous les alizés,
Entre les horizons s'éloigne de nos grèves.

Brillant tel un joyaux des elfes d'anciens temps
D'un calme et pur éclat, sa poupe cristalline
Apparaît à nos yeux quand notre coeur attend,
Lassé, au milieu des champs amers des salines.

Naviguant à l'azur comme un astre égaré
Porteur de nos espoirs, sa coque lisse et grise,
Translucide, ses flancs de fin argent parés

Abritent un trésor fragile : nos douleurs,
Nos appels au secours ; or ses froides couleurs
Sont haut dressées aux cieux, et le vent fier s'y brise.

mardi 5 juillet 2011

Le Passeur du crépuscule

" Hélas ! Ce que la mort touche de ses mains froides
Ne se réchauffe plus aux foyers d'ici-bas ! "

(Victor HUGO, "Souvenir de la nuit du 4" in Les Châtiments)


Ô vaisseau anonyme, éternellement craint !
Quand tombe le soleil dans la nuit et ses brumes,
Lorsque le jour s'éteint, comme des feux s'allument,
Présages des malheurs dont la mer est l'écrin.

Ô barque ensorcelée, gréée d'if et de lin !
Tes funestes fanaux éclairent de leurs ombres
La surface impassible où les navires sombrent ;
Le naufragé reçoit la peur pour tout filin.

Quand l'améthyste teint l'horizon et le soir,
Ton implacable étrave entrouvre le flot noir
Ainsi qu'une vraie faux qui récolte et émonde…

Tu ne prends à ton bord que défunts et regrets.
Et enrichit le cri de tes obscurs agrès
Un vol de goélands revenu d'outre-monde.


vendredi 25 mars 2011

La Licorne

" C'est le plus bel animal, le plus fier,
le plus terrible et le plus doux qui orne la terre."

(VOLTAIRE, La Princesse de Babylone Ch. III. )


Fendant les calmes flots comme un ange l'azur
Ce vaisseau idéal à la coque si blanche
Que l'albâtre ose fièrement naviguer sur
L'océan immortel. Et ses candides planches

Courbes, graciles, sont d'un bois mystérieux.
De même son gréement. Ses diaphanes voiles
Sont brodées d'argent fin, éclat délicieux
Semblant vivre parfois comme aussi les étoiles.

Des jeunes gens joyeux forment son équipage,
Plus vraiment des enfants, et dans la fleur de l'âge
Hardis adolescents, mais sages dans leur jeu.

Leur capitaine enfin conduit d'une main fière
Sa vierge monture. Et sous le vent, la lumière
De l'aube fait briller ses yeux d'or avec feu.

vendredi 18 février 2011

Le vaisseau fantôme

" Traft ihr das Schiff im Meere an,
blutrot die Segel, schwarz der Mast?
Auf hohem Bord der bleiche Mann,
des Schiffes Herr, wacht ohne Rast."
*
(WAGNER, Der Fliegende Holländer, Acte II, sc. 1)


Quand la brume a recouvert la mer froide et pâle,
A l'heure où apparaît aux regards des marins
Sur l'onde tourmentée, vague d'ombre et d'opale,
Par-delà, à travers les voiles des embruns,

La frontière inconnue, et au-delà encore,
Les êtres fabuleux, les figures de proue
Avalées par les eaux, que le varech décore,
Mais qui défient la mort, et à nouveau s'ébrouent

Hors des liquides fonds et des profonds abysses ;
De son sombre bordé, de son gréement fatal,
Funeste, ce vaisseau, maudit par le caprice

D'un capitaine aux dieux adressant ses reproches,
Menace les vivants, et de sa sourde cloche,
Le Hollandais volant ouvre ce triste bal.



* Avez-vous sur la mer rencontré le navire ,
Aux voiles rouges sang, au mât noir comme nuit ?
Pâle sur son haut bord, l'homme qui le conduit
Veille là sans répit. Vîtes-vous ce navire ?
(trad. C.S. Indhal)

dimanche 6 juin 2010

Les Amitiés profondes

" Pendant longtemps, longtemps,
j'ai rêvé d'avoir un ami, un vrai.
Et maintenant que je l'ai trouvé,
je sais bien que je ne le perdrai plus..."

(Jean VALBERT, Grand jeu)


Je me souviens encor' de jeux dans la nature
De temps forts fraternels avec l'enfant d'alors
Aux yeux clairs et confiants, au coeur plein de trésors
Et de notre affection mûrie dans l'aventure.

Nous différons pourtant. Ce n'est pas sans rature
Que s'écrit aujourd'hui - j'en partage le tort -
Le récit de nous-deux, et point sans désaccord...
Ce soir du désarroi je ressens la morsure.

Pourquoi me fuir, allons, pourquoi ces réticences ?
N'est-ce pas du Seigneur que vient notre confiance ?
Mais, Ami, désormais peut-être tu comprends :

Me liant d'amitié, c'est mon sang que je donne ;
Ce qu'ai offert un jour, jamais ne le reprends.
Et si je souffre un peu, de bon coeur te pardonne !


jeudi 18 février 2010

La fontaine aux saules

" Je ne dirai pas : ne pleurez pas,
car toutes les larmes ne sont pas un mal."
Gandalf

(TOLKIEN, Le Retour du Roi, Liv. II, ch. 9)


Je vis des perles d'eau dessus le marbre pâle
Rouler puis s'égarer. Et le soleil joueur
Les paraît d'argent pur ; beauté à fendre coeur,
Insondable feu blanc comme d'étoile australe.

Et les saules muets aux feuilles frémissantes,
Indécis, ne savaient pas comprendre ou calmer
Le flot silencieux, si ténu, mal-aimé,
Mais étaient là présents, âmes réconfortantes.

Le poète, écoutant ce rythmique sanglot,
Tentait de dire encor' le doux reflet de l'eau
Triste, fragile et clair, la gemme qu'il côtoie ;

Et ne pouvant agir, à celle qui pleurait :
"Onde d'or et d'azur, Jouvence, je voudrais
De ton chagrin amer fair' des larmes de joie !"


mercredi 6 janvier 2010

Sonnet du Feu

" Le feu clair qui remplit les espaces limpides "
(BAUDELAIRE, "Elévation" in Les Fleurs du Mal )


Au doux foyer sonore où il te faut descendre
Tu allumes les yeux par de si beaux atours.
Esprit malicieux, tu fais mille et mill' tours
Et siffles un écho que ma voix croit comprendre...

Chant dont la braise ardente est cachée sous la cendre.
Il a été écrit que le Feu est Amour,
Mais je ne saisis pas le sens de son discours
Et reste seul et froid... J'ai encore à apprendre...

Archange irradiant dans les bois gémissants
De fougue et de chaleur, tu donnes, frémissant,
La Vie, aussi belle et insondable qu'une ambre.

Tu t'éveilles, ô rêveur éternel, ondoyant
Hors des bûches. Léger, ton essor flamboyant
Ranime alors ma main dans les froids de Décembre...

mardi 20 janvier 2009

Hier au soir...

"There flowered a white tree (...) but seven stars were about it..."
(J.R.R. TOLKIEN, The Return of the King)

Sombre aurore, le ciel a pleuré ce matin,
Larmes de mes yeux secs, et pleurs de mon chagrin
Qu'un vent trop froid a éclairé ; Et moi levant
Le cœur, j'implorai la fraîcheur d'un arbre blanc.

Sérénité, paix de l'âme, douce espérance
Sont en moi à présent ; Ainsi donc le silence
Par l'écrit (virtuel ?) est rompu. Et j'attends
De revoir une étoile, don d'un arbre blanc.

Qu'il vienne, ce crépuscule ! Que je te voie !
Triste ciel, pourquoi pleurer ? Mon cœur est en joie
Ce matin : la frayeur a passé au néant.

Douce aurore... Le ciel bas pleure ce matin.
Mais la nuit d'un hier a défait mon chagrin.
Douce es-tu, étoile, fille de l'arbre aimant !